ciFLAM #10 – Affreux, sales et méchants

10ème édition de l’activité projection-débat organisée par Youness et Soukaina. Cette fois-ci, nos jeunes ont projeté le film italien Affreux, sales et méchants réalisé par Ettore Scola, sorti en 1976.

À la fin du film, l’audience a eu du mal à reprendre son souffle. Restés sous le choc pour quelques instants devant cette représentation crue de la misère dans la banlieue de Rome durant les années 70.

Voici le texte de Youness :

“Brutti, sporchi e cattivi” ou “Affreux, sales et méchants” est un film italien réalisé par Ettore Scola et sorti en 1976. Dans un bidonville à Rome, Giacinto règne en tyran sur sa grande famille. Tous acceptent son autorité et sa mauvaise humeur, car le patriarche possède une somme d’argent que chacun espère lui voler. Chaque jour, il lui faut trouver de nouvelles cachettes et défendre son trésor en utilisant un fusil.

Le réalisateur Ettore Scola est un de ceux qui ont le mieux raconté les histoires d’après-guerre et le développement économique des années 60 et 70. Avec “Affreux, sales et méchants”, le réalisateur aborde l’univers des bidonvilles, en faisant des populations marginalisées les héros de son film.

L’œuvre dresse un portrait à la fois drôle, répugnant, et tragique d’une population marginalisée au sein d’une Italie en développement. Une représentation satirique de l’être humain et d’une partie de la société italienne de l’époque.

Presque tous les acteurs étaient issus des bidonvilles, à part Nino Manfredi dans le rôle principal. 

La musique, composée par le grand Armando Trovajoli, constitue un élément important dans ce long métrage comme dans tout le cinéma italien, car le mélodrame fait partie de la culture italienne comme l’était l’opéra en tant qu’art populaire dans le 19ème siècle. Beaucoup de comédies populaires, dont la bande son est composée de chansons, sont considérées comme marqueurs de temps, d’époque et de sensibilité. La musique ici est narrative et non pas illustrative, c’est à dire qu’elle a sa propre narration et musicalité. Elle accompagne le film dans sa violence, sa beauté et même dans sa laideur.

Drôle et mélancolique, la “Comédie à l’italienne” ou “Commedia all’italiana” a hérité de la “Commedia dell’arte”, un théâtre italien qui manie la satire sociale.
Faisant suite au “Neorealismo” ou “Néoréalisme” apparu en Italie au cours de la Seconde Guerre mondiale, en se basant sur le même constat désabusé, la “Comédie à l’italienne” propose une lecture humoristique de la réalité sociale. Les thèmes sont identiques à ceux traités précédemment par les cinéastes néo-réalistes : pauvreté et aspirations populaires, avec comme héros des personnages au chômage et sans abri.

Le bidonville ressemble à une scène de théâtre. La référence à Shakespeare est éclatante. Giacinto, sorte de « Roi Lear « , nourrit une obsession quasi-shakespearienne pour son trésor, persuadé que ses enfants veulent le lui voler.

En voyant Giacinto, on ne peut s’empêcher de penser aussi à Harpagon, L’Avare de Molière. Les deux sont tyranniques et avares, les deux possèdent un trésor et les deux sont obsédés par la crainte d’être volés.

Une comédie grotesque‚ engagée, impitoyable et marrante. Une tragédie satirique‚ miroir d’une société schizophrène.

Par Youness Jord

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